Article dans la revue de la céramique et du verre mars-avril 2024
R
extrait de l’article:PHILIPPE BURAUD L’ART DE LA TRANSPARENCE Les terres sigillées de Philippe Buraud se sont imposées grâce à la qualité de leur glacis, un résultat unique obtenu au prix d’une longue recherche menée avec son épouse, Jacqueline Hoerter. Géométriques, ses pièces sont autant de supports à la méditation. Photographe dans une précédente vie professionnelle, il a commencé à développer son activité de céramiste au début des années 1980. Le chemin vers la terre a commencé par le raku, avant de s’orienter vers la sigillée. Dans un couloir de la maison, une jolie collection de bols décline les styles des potiers français tels Mathieu Casseau, Maxime Defer, Alister Danhieux ou Lauriane Firoben, qui s’adonnent entièrement à cette technique rare et exigeante. Dans le salon trône un hommage à Pierre Soulages. Au mur, l’œil s’attarde sur un précieux disque aux allures de bronze chinois, modelé dans la barbotine et rehaussé d’une touche de platine et d’or. Deux pièces qui confirment que le maître de maison préfère les grands formats aux petits. Le parcours de ce céramiste ne s’est pas fait tout seul. Reconnaissant, il aime citer Jean-Jacques Gentil et Tjok Dessauvage, auprès desquels il a trouvé une aide technique et dont il salue « la gentillesse et la capacité à partager ». Côté forme, Philippe Buraud a privilégié des lignes « tendues, pures », des sphères, des cônes et des disques, qui reposent parfois sur un socle de cristal fait maison. Côté couleur, il travaille pour trouver l’équation qui permettrait d’échapper au rouge orangé de la poterie traditionnelle. De cet élan est notamment née la série Planètes, une collection de pièces monumentales, dominées par le bleu. Les Planètes sont ainsi le fruit de trois ans de recherche sur les sels métalliques solubles pour trouver une couleur satisfaisante. Il reste de cette quête une pile de cahiers, dans lesquels chaque essai est soigneusement consigné. « Je fais une première cuisson sans intégrer de sulfate, révèle Philippe Buraud. Je l’ajoute seulement après. La couleur est apposée au pinceau ou au pistolet, entre chaque four. » « Tous les céramistes piétinent en attendant de pouvoir défourner », admet Philippe Buraud. Et pourtant, ce dernier a choisi une voie des plus longues et il a même rallongé les étapes traditionnelles. Préparer la sigillée, faire décanter l’argile, cela demande déjà un mois ; il en faut un autre pour faire sécher une grosse pièce avant d’appliquer l’engobe, de le polir et de procéder à une première cuisson. Une fois refroidie, la terre cuite est prête à recevoir une application de sulfate et à retourner au four. Une pièce peut subir dix cuissons. « Une folie ! », admet le créateur. Mais le résultat est unique avec des bleus très purs. En revanche, une partie du résultat final échappe toujours à son créateur.